Navire privilégié en mer : qui passe en premier ?
Au permis Côtier, le navire privilégié est celui qui doit, en principe, maintenir son cap et sa vitesse lorsqu’il existe un risque d’abordage. En face, l’autre bateau est le navire non privilégié : il doit manœuvrer franchement et à temps pour éviter la collision.
Cette règle vient du RIPAM (Règlement international pour prévenir les abordages en mer), applicable en navigation maritime française.
Idée essentielle à retenir
Être privilégié ne donne jamais le droit de forcer le passage. Même si vous êtes prioritaire, vous devez rester vigilant et intervenir si l’autre bateau ne manœuvre pas correctement.
Quand parle-t-on de navire privilégié ?
On applique les règles de barre et de route lorsqu’il y a :
- deux navires en vue l’un de l’autre ;
- un risque d’abordage ;
- une situation de croisement, de route inverse ou de rattrapage.
Comment reconnaître un risque d’abordage ?
Il y a risque d’abordage si un autre navire :
- garde sensiblement le même relèvement dans votre champ de vision ;
- semble grossir sans se décaler franchement sur bâbord ou tribord ;
- approche de manière telle qu’une collision devient possible.
Exemple concret :
- vous voyez un bateau de plaisance légèrement sur votre avant tribord ;
- après plusieurs secondes, il reste au même endroit par rapport à votre pare-brise ;
- il se rapproche : le risque d’abordage existe.
Les 3 grandes situations à connaître
1. Route de collision frontale ou presque frontale
Quand deux navires à propulsion mécanique se rencontrent de face ou presque de face, aucun n’est privilégié.
Les deux doivent :
- venir sur tribord ;
- passer bâbord contre bâbord.
Repère simple : si, de nuit, vous voyez les deux feux de côté de l’autre navire (vert et rouge), vous êtes probablement dans une situation de rencontre frontale.
Exemple concret :
- vous sortez d’un port ;
- un autre bateau arrive en face ;
- vous mettez la barre à tribord, l’autre aussi ;
- chacun s’écarte vers sa droite.

2. Croisement
En situation de croisement entre deux navires à propulsion mécanique, le navire qui voit l’autre sur son tribord doit s’écarter.
Autrement dit :
- si le bateau arrive par votre droite, vous cédez le passage ;
- si vous arrivez par sa droite, vous êtes privilégié.
Règle à apprendre :
- "Tribord reçoit, tribord évite" ;
- celui qui a l’autre sur tribord est le navire non privilégié.
Exemple concret 1 :
- vous naviguez cap au large ;
- un semi-rigide arrive sur votre côté droit et coupe votre route ;
- vous devez manœuvrer tôt, en général en venant sur tribord et/ou en réduisant nettement votre vitesse.
Exemple concret 2 :
- un bateau arrive sur votre côté gauche ;
- c’est lui qui vous a sur son tribord ;
- vous êtes le navire privilégié et devez, en principe, garder cap et vitesse tout en surveillant sa manœuvre.
3. Rattrapage
Le navire qui rattrape un autre navire doit toujours s’écarter. Le navire rattrapé est donc privilégié.
Il y a rattrapage quand vous approchez un autre navire par l’arrière, dans un secteur de plus de 22,5° sur l’arrière du travers. En pratique, si vous arrivez vraiment de l’arrière et que vous ne verriez, de nuit, que le feu de poupe du bateau devant vous, vous êtes en rattrapage.
Le navire rattrapant doit :
- éviter le navire rattrapé ;
- garder une distance de sécurité ;
- ne pas le gêner, même s’il est plus rapide.
Exemple concret :
- vous êtes en vedette rapide et vous rejoignez un voilier qui avance plus lentement ;
- même si vous êtes plus manœuvrant, vous devez l’éviter ;
- vous choisissez un dépassement large, lisible et sans vague dangereuse.
Cas particuliers très importants au permis Côtier
Certaines catégories de navires bénéficient d’une protection particulière. En simplifiant pour l’examen et la conduite réelle : un bateau de plaisance à moteur doit être très prudent face à des navires qui manœuvrent moins facilement.
Sont notamment à connaître :
- navire non maître de sa manœuvre : il ne peut pas manœuvrer comme il le voudrait ;
- navire à capacité de manœuvre restreinte : travaux, dragage, intervention, remorquage particulier ;
- navire contraint par son tirant d’eau : surtout gros navires, limités par la profondeur disponible ;
- navire en train de pêcher : sa capacité de manœuvre est réduite par ses engins de pêche ;
- voilier : en principe privilégié sur un navire à moteur, sauf exceptions prévues par les règles ;
- navire à propulsion mécanique : souvent celui qui doit s’écarter dans ces rencontres particulières.
Ordre pratique de prudence pour un plaisancier à moteur
Face à un autre navire, demandez-vous :
- Est-ce un navire en difficulté ou limité dans sa manœuvre ?
- Est-ce un navire de pêche en action ?
- Est-ce un voilier ?
- Sinon, appliquez les règles normales de croisement, route inverse ou rattrapage entre navires à moteur.
Voilier et bateau à moteur
En règle générale :
- le voilier est privilégié ;
- le bateau à moteur doit s’écarter.
Mais attention :
- si le voilier rattrape un autre navire, c’est lui qui doit éviter ;
- dans un chenal étroit, un petit bateau ne doit pas gêner un grand navire qui ne peut naviguer qu’à l’intérieur du chenal ;
- les circonstances locales, le balisage et la sécurité immédiate restent prioritaires.
Exemple concret :
- vous êtes en bateau à moteur ;
- un voilier sous voile traverse votre route ;
- vous réduisez si nécessaire et passez suffisamment loin pour ne pas le gêner ni le déventer inutilement.
Navire de pêche
Un navire en train de pêcher n’est pas simplement un bateau avec une canne à bord. Il s’agit d’un navire dont les engins de pêche limitent réellement la manœuvre.
Conséquence pratique :
- vous devez lui laisser de la place ;
- ne coupez jamais ses engins supposés ;
- méfiez-vous des filets, chaluts, lignes ou annexes de travail.
Gros navires et chenaux
Dans les accès portuaires, estuaires et chenaux, un gros navire peut être fortement limité par :
- son tirant d’eau ;
- sa distance d’arrêt ;
- son rayon de giration.
Même si vous pensez être théoriquement privilégié dans une lecture trop simple, vous ne devez pas le gêner si sa manœuvre est contrainte.
Exemple concret :
- vous êtes près d’un chenal d’accès ;
- un cargo remonte l’axe balisé ;
- votre bateau est petit et manœuvrant ;
- vous restez hors de sa route et anticipez largement.
Conduite pratique : garder cap, céder le passage, éviter l’abordage
Ce que doit faire le navire privilégié
Le navire privilégié doit en principe :
- conserver son cap ;
- conserver sa vitesse ;
- rester attentif à la manœuvre du navire non privilégié.
Pourquoi ? Parce qu’un comportement stable permet à l’autre navire de comprendre facilement votre trajectoire.
Ce que ne doit pas faire le navire privilégié
Évitez de :
- changer de cap sans nécessité ;
- accélérer pour passer avant l’autre ;
- hésiter entre plusieurs manœuvres ;
- considérer la priorité comme un droit absolu.
Un navire privilégié qui change de comportement trop tôt ou sans raison peut créer la confusion.
Quand le navire privilégié doit-il agir ?
Si l’autre bateau :
- ne semble pas vous avoir vu ;
- tarde à manœuvrer ;
- effectue une mauvaise manœuvre ;
- crée malgré tout un danger immédiat,
alors le navire privilégié doit aussi agir pour éviter l’abordage.
C’est un point fondamental de la réglementation : la prévention de la collision passe avant la priorité.
Ce que doit faire le navire non privilégié
Le navire non privilégié doit :
- manœuvrer franchement ;
- agir suffisamment tôt ;
- faire une action clairement visible pour l’autre ;
- éviter les petits écarts de cap inefficaces ;
- passer à une distance sûre.
En pratique, une bonne manœuvre consiste souvent à :
- venir nettement sur tribord ;
- et/ou réduire franchement sa vitesse.
Pourquoi éviter les petites corrections ?
Un léger coup de barre :
- peut être invisible pour l’autre navire ;
- ne pas suffire à éviter la collision ;
- entretenir le doute sur votre intention.
Au permis Côtier, retenez qu’une manœuvre doit être précoce, nette et compréhensible.
Méthode simple à appliquer à bord
Avant toute décision, posez-vous 4 questions :
- Y a-t-il un risque d’abordage ?
- Sommes-nous en route inverse, croisement ou rattrapage ?
- Qui est privilégié selon les règles ?
- Quelle manœuvre la plus simple, la plus nette et la plus sûre ?
Exemples concrets de conduite
Exemple 1 : croisement avec un bateau à moteur sur votre droite
- vous voyez un bateau arriver sur votre avant tribord ;
- le relèvement varie peu ;
- il y a risque d’abordage ;
- vous n’êtes pas privilégié ;
- vous venez franchement sur tribord, assez tôt, pour passer derrière lui.
Exemple 2 : vous êtes privilégié en croisement
- un bateau arrive sur votre bâbord ;
- c’est lui qui vous a sur son tribord ;
- vous êtes privilégié ;
- vous gardez cap et vitesse ;
- s’il tarde à agir, vous vous tenez prêt à manœuvrer pour éviter l’abordage.
Exemple 3 : rattrapage d’un voilier
- vous rattrapez un voilier par l’arrière ;
- même si votre bateau est à moteur et rapide, vous devez éviter ;
- vous dépassez largement, en limitant l’effet de votre sillage.
Exemple 4 : rencontre d’un voilier qui traverse votre route
- vous êtes au moteur ;
- le voilier est sous voile ;
- il est en principe privilégié ;
- vous réduisez et vous vous écartez de manière lisible.
Exemple 5 : près d’un chenal fréquenté
- vous naviguez près d’un accès portuaire ;
- un grand navire suit le chenal balisé ;
- même si vous êtes plus petit et plus agile, vous ne devez pas gêner sa route ;
- vous attendez qu’il passe avant de traverser.

Erreurs fréquentes des débutants
- croire que le navire privilégié peut continuer sans surveiller ;
- confondre priorité et sécurité absolue ;
- oublier que le rattrapant évite toujours ;
- oublier qu’en face-à-face, les deux viennent sur tribord ;
- faire une manœuvre trop tardive ;
- couper la route d’un voilier ou d’un navire de pêche ;
- gêner un gros navire dans un chenal.
Règles de mémorisation utiles pour l’examen
- En face : chacun sur tribord.
- En croisement moteur/moteur : celui qui a l’autre sur tribord s’écarte.
- En rattrapage : le rattrapant évite toujours.
- Voilier contre moteur : le moteur s’écarte en général.
- Le privilégié garde cap et vitesse, mais doit éviter l’abordage si nécessaire.
Ce qu’attend l’examinateur
Vous devez savoir :
- définir le navire privilégié et le navire non privilégié ;
- reconnaître les situations de croisement, route inverse et rattrapage ;
- appliquer les règles entre bateaux à moteur ;
- connaître la place particulière du voilier, du navire de pêche et des navires à manœuvre limitée ;
- expliquer qu’aucune priorité ne dispense d’éviter la collision.
Résumé à retenir
Le navire privilégié est celui qui doit normalement maintenir son cap et sa vitesse lorsqu’il existe un risque d’abordage. Mais cette règle ne vaut que si l’autre navire manœuvre correctement. Si ce n’est pas le cas, tout navire doit agir pour éviter l’accident.
Pour réussir au permis Côtier, retenez surtout :
- en face-à-face : les deux sur tribord ;
- en croisement moteur/moteur : celui qui voit l’autre sur tribord s’écarte ;
- en rattrapage : le rattrapant évite ;
- face à un voilier, un navire de pêche ou un grand navire contraint, un bateau de plaisance à moteur doit redoubler de prudence.
