Règles de croisement en mer
Au permis Côtier, les règles de barre servent à éviter l’abordage. En croisement, il faut toujours raisonner en 3 étapes : observer, identifier la situation, manœuvrer franchement et à temps.
La règle essentielle est simple : quand deux navires à propulsion mécanique se croisent de manière à faire route de collision, celui qui voit l’autre sur son tribord doit s’écarter.
1. Comment reconnaître un risque de collision
Il y a risque de collision lorsque l’autre navire garde un relèvement sensiblement constant alors que la distance diminue. En pratique, si vous voyez un bateau rester au même endroit sur votre pare-brise ou par rapport à un point fixe du bateau, le danger existe.
Signes concrets :
- l’autre navire semble « ne pas bouger latéralement » ;
- il grossit visuellement ;
- la distance diminue rapidement ;
- vos routes vont se couper si personne ne change de cap ou de vitesse.
Même en cas de doute, la règle est claire : considérez qu’il y a risque de collision.
2. Croisement de face ou presque de face
Lorsque deux navires à moteur se rencontrent de face ou presque de face, chacun doit venir sur tribord pour passer bâbord contre bâbord.
En clair :
- vous apercevez un navire en face ;
- vous estimez que vos routes sont opposées ou presque ;
- vous abattez sur la droite ;
- l’autre fait la même chose.
C’est la situation la plus classique.
Exemple concret :
- vous sortez d’un port à moteur ;
- un autre bateau entre au port en venant exactement en face ;
- chacun se décale sur sa droite ;
- vous vous croisez en sécurité avec une distance suffisante.
3. Croisement avec routes qui se coupent
Quand deux navires à moteur ont des routes convergentes et qu’il y a risque de collision :
- le navire qui a l’autre sur son tribord doit s’écarter ;
- le navire qui a l’autre sur bâbord est privilégié et doit, en principe, maintenir son cap et sa vitesse.
Pour le retenir : priorité à droite entre navires à moteur, mais uniquement dans une situation de croisement avec risque de collision.
Navire non privilégié : que doit-il faire ?
Le navire qui doit s’écarter doit :
- manœuvrer franchement ;
- manœuvrer assez tôt ;
- éviter si possible de croiser devant l’étrave de l’autre ;
- passer, de préférence, par l’arrière du navire privilégié ;
- rendre sa manœuvre visible et compréhensible.
En pratique, la bonne réaction est souvent :
- modifier son cap sur tribord de manière nette ;
- réduire sa vitesse si nécessaire ;
- laisser passer l’autre avant de reprendre sa route.
Navire privilégié : que doit-il faire ?
Le navire privilégié doit en principe :
- conserver son cap et sa vitesse ;
- surveiller la manœuvre de l’autre ;
- rester prêt à agir si l’autre ne manœuvre pas correctement.
Attention : être privilégié ne donne jamais le droit de provoquer un abordage. Si le navire qui devait s’écarter ne le fait pas, vous devez agir pour éviter le danger.
Exemple concret :
- vous naviguez le long de la côte ;
- un bateau arrive sur votre droite et vos routes se coupent ;
- comme il est sur votre tribord, c’est à vous de vous écarter ;
- vous venez nettement sur tribord, vous ralentissez, et vous passez derrière lui.
Autre exemple :
- vous voyez un bateau arriver sur votre gauche ;
- vous êtes donc le navire privilégié ;
- vous gardez votre cap, mais vous restez vigilant ;
- si l’autre continue sans réagir, vous prenez les mesures nécessaires pour éviter l’abordage.
4. Règles générales à toujours respecter
Quelle que soit la situation de croisement :
- gardez une veille visuelle et auditive permanente ;
- adaptez votre vitesse aux circonstances ;
- tenez compte du vent, du courant, de l’état de la mer et de la visibilité ;
- évitez les changements de cap hésitants ou trop faibles ;
- ne faites jamais une manœuvre ambiguë ;
- assurez-vous que votre action crée un passage largement dégagé.
Une petite correction de barre peu visible est souvent une mauvaise manœuvre. Mieux vaut une action claire, précoce et compréhensible.
5. Cas particuliers utiles à connaître pour l’examen
Même si la leçon porte sur le croisement entre navires, il faut se souvenir que les navires à moteur doivent généralement s’écarter de certains usagers ou engins selon les règles de priorité en mer, notamment :
- un navire non maître de sa manœuvre ;
- un navire à capacité de manœuvre restreinte ;
- un navire contraint par son tirant d’eau ;
- un navire en train de pêcher ;
- un voilier dans de nombreuses situations ;
- une embarcation très petite ou peu manœuvrante dans un espace réduit.
Pour le permis Côtier, il faut donc toujours vérifier si l’on est bien dans le cas standard de deux navires à propulsion mécanique. Si ce n’est pas le cas, les priorités peuvent changer.
Dépassement bateau en sécurité
Le dépassement obéit à une logique différente du croisement : le navire qui rattrape un autre navire doit s’écarter. Autrement dit, celui qui dépasse est toujours responsable de la sécurité de la manœuvre.
1. Comment reconnaître un dépassement
Il y a dépassement lorsqu’un navire s’approche d’un autre par l’arrière, dans un secteur tel qu’il ne verrait, de nuit, que le feu de poupe du navire rattrapé, et non ses feux de côté.
En termes simples :
- vous arrivez derrière un autre bateau ;
- vous allez plus vite que lui ;
- vous voulez le passer ;
- vous êtes le navire dépassant, donc vous devez vous écarter.
Si vous hésitez entre croisement et dépassement, retenez la règle de sécurité : considérez qu’il s’agit d’un dépassement si vous arrivez franchement par l’arrière.
2. Obligations du navire qui dépasse
Le navire dépassant doit :
- apprécier l’espace disponible ;
- vérifier l’absence de danger devant, sur les côtés et après le dépassement ;
- choisir un côté de dépassement sûr ;
- conserver une distance latérale suffisante ;
- tenir compte de son sillage ;
- ne pas gêner le navire dépassé ;
- rester à l’écart jusqu’à ce qu’il soit entièrement clair du navire rattrapé.
Le principe fondamental : la responsabilité du dépassement repose sur celui qui dépasse du début à la fin.
Exemple concret :
- vous êtes en semi-rigide rapide ;
- devant vous, un voilier progresse lentement au moteur ;
- vous décidez de le dépasser ;
- vous réduisez légèrement votre allure pour limiter votre vague ;
- vous passez très largement sur un côté ;
- vous ne vous rabattez que lorsque vous êtes nettement dégagé.
3. Obligations du navire dépassé
Le navire dépassé doit, en règle générale :
- garder un comportement prévisible ;
- éviter les changements brusques de cap ;
- ne pas compliquer la manœuvre.
Cependant, là encore, chaque chef de bord doit rester attentif à la sécurité réelle. Si un danger apparaît, tout le monde doit contribuer à éviter l’abordage.
4. Dépasser sans danger : méthode simple
Pour un débutant, la bonne méthode est la suivante :
- Observer : vitesse de l’autre navire, état de la mer, place disponible, trafic autour.
- Décider : attendre si le chenal est étroit, si la visibilité est mauvaise ou si la zone est encombrée.
- Manœuvrer franchement : déport clair sur un côté, allure adaptée.
- Passer loin : laisser un espace suffisant pour éviter aspiration, sillage et réaction imprévisible.
- Se dégager complètement : ne revenir dans l’axe qu’une fois le dépassement terminé.
5. Points de vigilance très fréquents
Le sillage
Au permis Côtier, il faut penser au sillage : même si le dépassement semble possible, votre vague peut mettre en difficulté :
- une petite embarcation ;
- un bateau au mouillage ;
- un pêcheur ;
- un paddle, un kayak ou une annexe ;
- un navire dans un port ou à l’approche d’un ponton.
Dépasser vite et près peut être dangereux même sans contact.
Les espaces resserrés
Dans un chenal, près d’une entrée de port, d’une zone de mouillage ou d’une bande littorale fréquentée, un dépassement peut être déconseillé ou impossible en pratique. Il faut alors :
- patienter ;
- réduire son allure ;
- garder ses distances ;
- attendre une zone plus sûre.
La visibilité réduite
Par brume, pluie forte, nuit ou mer formée, l’appréciation des distances devient difficile. Dans ce cas :
- ralentissez ;
- renforcez la veille ;
- évitez les manœuvres inutiles ;
- ne dépassez que si la sécurité est réellement assurée.
6. Erreurs classiques à éviter à l’examen et en navigation
Voici les fautes les plus fréquentes :
- croire que le bateau le plus gros est prioritaire ;
- penser qu’en croisement on passe toujours devant si l’on accélère ;
- faire une petite correction de cap insuffisante ;
- hésiter trop longtemps ;
- dépasser trop près ;
- oublier l’effet du sillage ;
- se rabattre trop tôt après un dépassement ;
- ne pas surveiller l’évolution réelle de la situation.
7. Ce qu’il faut retenir absolument
Pour réussir le permis Côtier, mémorisez ces règles essentielles :
- Face à face : chacun vient sur tribord.
- Routes convergentes entre navires à moteur : celui qui voit l’autre sur tribord s’écarte.
- Navire privilégié : il maintient en principe cap et vitesse.
- Dépassement : celui qui dépasse s’écarte toujours.
- Toute manœuvre doit être franche, précoce et visible.
- Le but n’est jamais d’avoir raison, mais d’éviter l’abordage.
En navigation réelle, la bonne décision est celle qui laisse de la marge, qui est comprise par l’autre navire et qui garantit une distance de sécurité suffisante.